Lychee : les origines d'un despote.

Prologue

le 04/04/2008 à 23h41

    Septembre 2007
    Je vivais seul dans mon appartement, n'ayant personne à qui parler, personne avec qui échanger quoi que ce soit. C'est sûrement ce fait parmi d'autres qui me poussa à accepter la proposition d'une amie : un chaton. Je pensais alors accepter un chaton ordinaire : gentil, mignon, qui ronronne quand on le caresse.
    J'étais naïf, à l'époque.

    J'écopais alors, heureux, d’un petit chaton (enfin d’une petite femelle, mais « chaton » au féminin ça donne… ça donne… ça donne rien.), que mon amie avait affectueusement (mais fort peu justement) surnommé « Perrier ». Un nom qui ne collait pas. La première étape fut donc de renommer cette petite boule de poils.

    L’idée du nom vint de mon ex copine, qui après de nombreuses recherche sur un nom de déesse, m’avait proposé Lychee... De Athéna à Lychee, il y a une marge, que je n’ai pas hésité un seul instant à franchir. C‘était Lychee, je l’ai senti aussitôt, et elle aussi.

    Je possédais donc un chat… du moins le croyais-je. Il me fallu de nombreux mois avant de me rendre compte qu’en fait, c’était le chat qui me possédait. La vérité s’est imposée à moi petit à petit, au fil d’indices de la vie de tous les jours qui, pris séparément, pouvaient sembler anodins, mais qui réunis formaient une toile destructrice d’une incroyable complexité.

    A l’intérieur de Lychee résidait l’esprit le plus ingénieux, le plus froid et calculateur, le plus diabolique qu’il m’ait été donné de rencontrer. Tout commença par des morsures au lieu des ronronnements habituels lorsque je la caressais, et cela fini comme vous le savez : l’extension de son empire jusqu’aux frontières du monde connu.

    L’Impératrice Lychee, comme tous les plus grands despotes, fut tout d’abord un petit chaton balbutiant. Je vais tenter de vous retranscrire ici ses premières révoltes contre l’humanité. Autant vous prévenir tout de suite, certains propos pourront choquer, d’autres vous apparaitront simplement impossibles, car brisant l’image même que vous avez de notre bienfaitrice. Mais la vérité doit exploser un jour ou l’autre. La vérité sur ce qui fût, la vérité sur la façon dont l’impératrice Lychee accéda au pouvoir.

    Je risque ma vie en écrivant ces lignes, vous risquez la vôtre en les lisant.


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Juin 2086

 

(Photo de la jeune Impératrice méditant sur la destruction de l'humanité, titrée par l'Apôtre Mika : "Aucune limite à mon pouvoir...")

Le premier signe

le 07/04/2008 à 18h29

    Novembre 2007

    Rien de vraiment anormal n’était encore à signaler. Lychee était une adorable petite boule de poils qui, certes, mordait au lieu de ronronner lorsqu’on la caressait, mais ne faisait rien qui sortait vraiment de l’ordinaire.

    Enfin, jusqu’à ce jour…

    Ce jour de novembre où je rentrais de la fac, et où alors que je glissais les clefs dans la serrure, j’entendis des bruits de l’autre coté de la porte, signes d’une grande activité. Intrigué, je me dépêchais d’ouvrir, et je la découvris alors, assise sur le bureau, en face de moi, entrain de me regarder d’un air faussement innocent.

    C’était louche. Très louche. D’ordinaire elle venait toujours me dire bonjour en me miaulant dans les pattes (ou, comme je l’ai compris plus tard, m’invectiver de « Bordel, t’étais où ? » « Ça fais 2 heures que j’t’attend ! J’ai faim ! » « Tu crèveras pour cette attente, salopard ! »).

    Mais en l’occurrence, cette fois, elle ne dit pas un mot (ou pas un miaulement, si vous êtes pointilleux).

    Décidant de ne point relever, je rentrais alors dans ma salle de bain pour satisfaire un besoin naturel, lorsque je découvris la preuve qui allait bouleverser mon existence à jamais.

    Des sueurs froides dans le dos, je me baissais et ramassais la coquillette qui trainait par terre. Mon rythme cardiaque s’accéléra lorsque je compris les implications de la présence de cette pate à moitié croquée dans un lieu tel qu’une salle de bain.

    L’évidence me sauta immédiatement aux yeux : Lychee, alors pas plus grande un gros rat, avait (pour des raisons d’organisation militaires, je ne vois que ça) déplacé tous les meubles, tous les objets, toutes les petites et grandes choses de mon appartement, pour les arranger selon une disposition particulière. Lorsqu’elle a entendu la clef dans la serrure, elle s’est dépêché de tout remettre en ordre, mais a volontairement laissé cette petite pate, au beau milieu de la salle de bain.

    Pourquoi ? Pour me tester, je pense. Par cet acte, elle me disait « J’ai ce pouvoir Vincent… j’ai ce pouvoir bouleverser toute chose fixe de ta vie, et de tout remettre en ordre d’un simple claquement de griffe… ». Je l’ai compris immédiatement, et cela m’a glacé d’effroi.

    Je lui jetais alors un regard incertain, légèrement apeuré, et du haut de mon bureau, elle me regarda avec ce petit air méprisant qu’il lui arrivait d’avoir. Je compris qu’elle sondait mon esprit, pour voir si j’allais être un obstacle à son avancée, pour voir si elle allait devoir m’éliminer.

    D’un hochement de tête, je lui assurais que non. Il ne lui en fallu pas plus, elle me tourna le dos et partit se coucher. Je soupirais de soulagement. J’avais démasqué mon chat, elle le savait, et l’acceptait.

    Le plus dur allait être à venir : continuer à vivre avec ce poids sur la conscience, et surtout tenter de lui faire oublier ses idées de grandeur. Même si je n’avais pas encore conscience que j’étais le dernier espoir de l’humanité, je savais que j’avais un rôle important à jouer ici. C’était à moi de lui tenir tête, sans lui laisser croire que je serais une menace pour ses projets.

    Un combat s’engagea alors entre elle et moi. Une lutte de tous les jours, de chaque instant, ou chacun essayait d’affermir sa position sur l’autre… Et la plupart du temps, je perdais.


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Juillet 2086



(Photo de Lychee lors d'un de ses instants destructeurs. Commenté par une fidèle de la phrase suivante : "Bon, tu tombes ducon?!")

 

Dormir à la dur

le 08/04/2008 à 21h23

Lychee montre très rapidement une faculté purement guerrière d’adaptation nocturne : elle peut dormir n’importe où, et dans n’importe quelle position ; au diable l’inconfort ! Cet entrainement qu’elle s’impose ne peut qu’être précurseur d’une campagne militaire en terrain étranger. Lychee veut être prête : elle saura dormir dans n’importe quelle condition.


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Juillet 2086


(Dormir au milieu d'affaires en tout genre)

Dormir à la dur (2)

le 08/04/2008 à 21h30
(Dans des endroits bas de plafond.)

Dormir à la dur (3)

le 08/04/2008 à 21h32
(Dans un confort tout relatif.)


Dormir à la dur (4)

le 08/04/2008 à 21h33

Anecdote sur un sac :

C’est une sacoche de voyage à moitié pleine de linge que j’ai eu la flemme de vider en rentrant de chez mes parents un soir. Lychee y a immédiatement élu domicile (je m’en suis rendu compte après de longues minutes à la chercher ; pensez bien qu’elle ne répond à son nom que lorsque ça l’arrange… « Vas-y cherche, cherche, pitoyable humain. Je suis sous ton nez, et tu ne me vois même pas, misérable raclure que tu es. »)

Et le lendemain, alors qu’elle effectuait son 110 mètres hais dans l’appartement, elle sauta dans le sac qui, sous la vitesse de l’impact, bascula lentement de la table basse sur laquelle il reposait. De là où j’étais, je ne pouvais voir que la queue de Lychee qui sortait du sac tressaillir pendant la chute jusqu’au sol, et puis ce fut le choc.

Alors, tout doucement, sa tête sorti du sac. Encore un peu sonnée, elle me jeta néanmoins un regard explicite… « Connard… pourquoi tu as shooté dans mon panier ? T’as gagné, j’vais pourrir ta nuit… ».

Ce qu’elle fit.

 

 

Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Juillet 2086. Interprétation du regard de Lychee par l’Apôtre Andrea.


(Camouflée.)

Dormir à la dur (5)

le 08/04/2008 à 21h35
(Défiant toute logique.)

Mouchoirs

le 11/04/2008 à 21h25

            Décembre 2007.

Un soir, alors que je pianotais sur l’ordinateur, Lychee descendit de la mezzanine (je vis dans un 23m² doté d’une mezzanine), avec un paquet de mouchoir à moitié aussi gros qu’elle entre les dents. Une vision assez incongrue, vous en conviendrez, car pour l’instant tout ce que j’avais pu apercevoir entre ses dents avaient été mes pieds ou ceux de mes amis.

Et tandis qu’elle descendait, son trophée dans la gueule, avec une expression victorieuse sur le visage n’exprimant rien d’autre que « J’ai trouvé çaaaaaaaa ! », je ne me doutais pas que j’assistais aux prémices d’un génocide.

Le premier génocide de Lychee : celui des paquets de mouchoirs.

(Avant d’aller plus loin, je me dois, en mon âme et conscience, de vous inciter à éloigner les enfants de votre ordinateur. Les phrases qui vont suivre sont d’une incroyable crudité, exprimant de la meilleur façon possible une cruauté et une violence pouvant sembler incompréhensible, et ce envers d’innocents mouchoirs.)

La nuit suivante, le premier massacre eut lieu.

Etant sujet à des rhumes et autres allergies, je dors toujours avec un paquet de mouchoir à coté de mon lit. En vingt ans d’existence, cela s’était toujours bien passé ; je n’avais jamais eu un seul problème. Jusqu’à ce matin là.

Mon réveil sonnant, j’ouvris les yeux et, voulant m’éclaircir les narines, je cherchais le paquet de mouchoir. Mais ma main ne tâtonna rien d’autre que le sol. Intrigué, je portais le regard à coté du matelas : rien. Tous les sens en alerte, et présageant le pire, je me levais en quatrième vitesse et fit rapidement le tour de l’appartement. Il ne me fallu pas longtemps pour le retrouver.

Ou plutôt « les » retrouver…

Car ce paquet de mouchoir ne pouvait plus être considéré comme un être unique. En une seule nuit, il était passé de singulier à pluriel.

Horrifié, je regardais son plastique déchiré, écartelé, percé de griffes et de crocs en d’innombrables endroits. Retenant un haut-le-cœur, je m’approchais plus encore, parmi les fragments de mouchoirs qui jonchaient le sol sur un mètre carré, tachant de leur blancheur cadavérique la moquette bleu marine.

Dix mouchoirs, une famille entière, étaient étalés devant moi en plusieurs morceaux. Ils avaient trouvés la mort cette nuit, déchiquetés dans d’atroces souffrances.

L’esprit encore embrumé d’un voile d’horreur, je saisi avec précaution les restes du paquet. Les larmes me montèrent aux yeux lorsque je pu lire, entre deux impacts de crocs et une déchirure de griffe : « Compacts – Extra doux – Super résistant ». Pas assez, bordel, pas assez…

Mes morbides pensées furent interrompues par un miaulement. Je me retournai lentement, et découvris Lychee qui attendait, assise, quelques mètres derrière moi. Elle me regardait d’un air tellement innocent… Si une personne ne la connaissant pas avait croisé ce regard, elle aurait été capable d’accuser le Dalaï-lama de ce massacre, mais pas Lychee, jamais de la vie.

Je baissais la tête. Qu’y avait-il à faire ? Cette catastrophe ne pouvait être réparée, et ces mouchoirs avaient péris à cause de mon manque de clairvoyance. Je ne pourrais jamais les oublier, et je reverrais toujours leurs adorables pliures molletonnées, chacune me criant que j’aurais pu faire quelque chose… Après ce jour, leurs noms ne quitteront plus jamais ma mémoire. Je me souviendrais toute ma vie avec affection de Mouchoir 1, Mouchoir 2, Mouchoir 3, et de leurs sept autres compagnons de paquet. Ils étaient si heureux, si fier de former cette équipe de secouristes nasaux.

Au moins, leur mort me permit de réaliser à quel point le danger que représentait Lychee était présent. Je pensais disposer de plusieurs mois avant que les premiers meurtres n’éclatent, c’était sa taille – si petite – qui me bluffa. Je n’imaginais pas une si petite personne capable d’atrocités de cette envergure. Auriez-vous imaginé un moustique susceptible de foutre une branlé à Maïté ? Moi non plus.

 

Une fois le rite funèbre expédié, je mis tous les paquets de mouchoir de l’appartement en sécurité. Lychee ne devrait jamais y avoir accès. Je sais que cela ressemblait fortement à du parcage de population, mais c’était pour leur propre sécurité, et je pense qu’ils le comprirent.

La nuit suivante, je cachais le nouveau paquet de mouchoir sous la télécommande de ma chaine hifi (alors presque aussi grosse que Lychee), et mi mon téléphone portable sur la télécommande.

Le lendemain, je mi un quart d’heure à ramasser les morceaux des dix nouvelles victimes.

Chaque soir, je trouvais une nouvelle cachette, et chaque nuit, Lychee trouvait un nouveau stratagème pour les débusquer, mais niait en bloc le matin venu.

Le plus dur dans tout cela, c’est que j’estime avoir un sommeil vraiment très léger. Pour vous donner un exemple (véridique), si une araignée d’une taille conséquente déambulait sur mon plafond au beau milieu de la nuit, cela me réveillerait. Le bruit d’un paquet de mouchoir plastifié n’est pas rien, vous en conviendrez. Et pourtant, pas une seule nuit elle ne me réveilla. Je ne sais pas si elle utilisa des drogues ou autres substances soporifiques pour me garder endormi, mais je ne pu jamais la prendre sur le fait.

La seule fois où je la vis à l’œuvre, ce fut lorsque sa confiance en soit avait atteint un tel niveau qu’elle osait entreprendre ses actions de jour. Un paquet de mouchoir reposait sur mon bureau, tandis que j’étais allongé sur mon canapé entrain de regarder la télé.

Sans trop savoir pourquoi, je tournais soudain mon regard sur le bureau, et vis Lychee avancer, millimètre par millimètre, vers le paquet de mouchoir. Elle faisait de son mieux pour ressembler à une lampe de bureau, et le paquet de mouchoir devait être bluffé par son jeu d’actrice, car le pauvre n’esquissait pas un seul mouvement pour s’échapper.

J’attendis un peu avant d’intervenir, et au bout d’un certain temps, elle arriva juste à coté du paquet. Alors, tout doucement, elle baissa la tête vers lui, ouvrit très lentement la gueule, et, presque tendrement, le prit par un coin entre ses crocs. Elle se mi alors à reculer, toujours aussi doucement, sa proie pétrifiée pendant lamentablement entre ses dents.

Et à ce moment, d’un ton très doux et bas, presque un murmure, je dis simplement « Lychee. » Aussitôt, elle lâcha le paquet et s’enfuit en courant sur la mezzanine. Quelques secondes plus tard, sa tête réapparue au-dessus de moi, avec un air étonné, semblant me demander « Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu me réveilles tu sais… J’espère que tu as une bonne raison. ».

Témoin de sa technique d’approche, je compris mieux pourquoi elle ne me réveillait pas la nuit. Je décidais alors de renforcer les fortifications : Le soir même, je plaçais le paquet de mouchoir entre mon lit et mon réveil, encadré de mon portable et de la télécommande de la chaine hifi. Je mis alors ma lecture du moment – un pavé de 600 pages en grand format, pesant trois fois de poids de Lychee – pardessus le tout, et m’endormi l’esprit rassuré.

Le lendemain matin, le livre était retourné, et à l’autre bout de la pièce, les confettis étaient découpés encore plus finement que d’habitude.

Il me fallu quelques jours de plus pour trouver une technique infaillible. Au départ je plaçais le paquet de mouchoir sous mon matelas, à quelques centimètres du bord. Mais en tendant la patte, elle réussissait encore à le récupérer, et l’orgie sauvage continuait.

Depuis lors, chaque nuit, je place le paquet de mouchoir sous mon matelas, mais au milieu : sous moi. Elle n’a encore jamais réussi à l’attraper à ce niveau-là, et je m’en félicite. Il demeure toutefois un seul inconvénient – si toutefois on arrive à trouver un inconvénient en sauvant des vies : Je vous raconte pas le bordel quand je dois me moucher en pleine nuit…

Mais à part ça, l’extermination des mouchoirs cessa. Mon appartement ne sentait plus le plastique déchiré et le coton déchiqueté à longueur de journée.

De temps à autres, en rentrant de la fac, je découvrais encore quelques boucheries, dues à un oubli de ma part. Mais je ne pouvais alors m’en prendre qu’à moi-même.

Le terrible épisode des mouchoirs était terminé, et pour la première fois depuis que j’avais recueilli Lychee, je m’estimais vainqueur – si l’on pouvait considérer une centaine de cadavres comme une victoire. Mais au moins, Lychee ne pouvait plus nuire à cette innocente communauté. Ma fierté et ma conviction n’en furent que renforcés.

Et à partir de ce jour, je compris un fait majeur dans notre bataille pour la préservation de l’humanité : La fureur destructrice de Lychee pouvait être entravée.

Ce matin-là, en découvrant le paquet de mouchoir intact, un sentiment nouveau m’envahi. Je n’arrivais pas à le cerner, mais lorsque j’ouvris les volets de l’appartement, la lumière qui m’enveloppa alors était chargée d’espoir, cet espoir nouveau qui m’étreignait le cœur.


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Août 2086


(Lychee tentant d'étrangler un paparazzi)

Correspondance

le 13/04/2008 à 19h45

Décembre 2007

Un soir comme les autres, je pris Lychee en flagrant délit.

Je ne sais pas comment, mais elle avait apprit à communiquer par internet, via MSN. Aussi ce soir-là, tandis que j’avais le dos tourné, elle envoya des messages codés à Dina, la chatte de l’Apôtre Andréa. Malgré les heures que je passais par la suite dessus, je ne pu jamais traduire ces messages, qui se composaient principalement de « dsqdsdl^pllllp^$^p^l », ou de « dsqdsdqsmùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùùù », mais je sentis aussitôt que Lychee avait passé un cap dans sa politique de conquête. A présent, elle communiquait avec les autres membres de sa race. C’était le début de la fin.

Comme à son habitude, elle joua l’innocence. Et même lorsque je lui collais sa propre photo sous le nez, où elle pu se voir entrain d’écrire sur le clavier, elle fit mine de ne pas se reconnaître. Elle ne me dit jamais la teneur des messages qu’elle envoya, allant même jusqu’à nier les avoir jamais envoyé. Mais il demeurait une chose qu’elle ne pu maitriser : le fait que je savais ; Je l’avais percée à jour, et je suis persuadé que cela l’exaspérait au plus haut point. Elle ne pouvait me tuer, car j’étais celui qui achetait les croquettes. Du coup, chaque jour, en me regardant, elle devait accepter le fait que j’en sache autant sur elle, et que je reste en vie. J’en tirais une grande satisfaction.

En revanche, cela ne l’empêcha pas de continuer à me pourrir mes nuits.


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Août 2086


(Le Saint-Félin, envoyant ses ordres de mort via MSN.)

Treize jours

le 21/04/2008 à 21h20

Décembre 2007.

Ce jour là, je rentrais de la fac et, comme à mon habitude, allumais l’ordinateur. Seulement, lorsque j’en vins à cliquer sur une page internet, je découvris que je n’étais plus fourni par ledit service. Intrigué, je laissais l’ordinateur de coté et occupais autrement ma fin de journée.

Mais le soir venu, aucun changement n’était à noter. Je me mis alors en quête du problème, en commençant par la simple vérification des prises à des opérations bien plus complexes sur le pc. Rien.

Prenant mon mal en patience, j’attendis. Le problème venait sûrement de mon fournisseur d’accès, cela devrait s‘arranger rapidement.

Alors j’attendis…

Un jour.

Cinq jours.

Huit jours.

Trois jours.

Douze jours.

Durant tout ce temps, je m’étais fais à l’idée que mon fournisseur m’avait entubé, et je les harcelais au téléphone depuis plusieurs jours.

Le treizième jour, en virant Lychee de derrière le pc (où elle s’amusait à jouer à la corde à sauter avec tous les câbles), je me mis à revérifier les prises de connexion, au cas où…

Je ne saurais vous décrire ma lassitude lorsque je découvris que la prise internet était, non pas par terre, mais décollé d’un demi-centimètre, invisible si l’on ne fait que vérifier visuellement. Derrière moi, je sentais plus que n’entendais le rire diabolique de Lychee.

Elle avait réussi à me priver d’internet pendant treize jours… Cette seule petite chatte avait réussi là où le monde entier avait échoué pendant tant d’années.

Je ne fis aucun commentaire, et retournais sur internet en tentant d’oublier la honte qui m’assaillait. Lychee avait gagné une bataille, mais sûrement pas la guerre !

Pas encore…


Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Septembre 2086


(Photo de l'Impératrice effectuant un pas de danse après sa victoire.)

"I've got the power hey yeah heh"


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