Lychee : les origines d'un despote.

Arme de destruction massive

le 25/04/2008 à 19h46

Janvier 2008.

Il est de notoriété public qu’un chat faisant ses besoins n’a pas pour habitude de flatter les narines de son maitre. J’en étais conscient en adoptant Lychee, mais je n’étais en aucun cas préparé à ce à quoi elle me confronta…

Je tiens toutefois à préciser que le susnommé chaton était un modèle de propreté, et ce depuis le début de notre vie commune. En effet, dès le premier jour elle se rendit dans sa caisse pour satisfaire ses petites envies. En cela je ne pouvais que me réjouir.

Au départ tout se passait bien ; j’avais une caisse fermée, avec un bâtant de plastique qui permettait de filtrer les odeurs (dans lequel elle s’entrainer à boxer après chaque commission, et particulièrement au milieu de la nuit).

Mais un premier point m’interloqua assez rapidement : Elle passait un temps énorme dans sa caisse, à gratter, gratter, et gratter encore. Sans mentir, pour chaque passage en caisse, elle restait bien cinq minutes à gratter le petit gravier… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de petit gravier (globalement au bout du second coup de patte) auquel cas elle grattait avidement le plastique du fond de caisse, me faisant grincer des dents pendant de longues minutes.

L’Apôtre Andréa et moi-même ne pouvions que nous interroger sur ses activités (tout comme celles de sa chatte Dina, qui semblait observer le même étrange rituel). Nous nous imaginions facilement retirer le couvercle de la caisse, et la découvrir, marteau-piqueur en main, avec son petit casque de chantier sur la tête, entrain de forer jusqu’en chine, levant un regard surpris et innocent vers nous : « Bah quoi ? ».

Mais tout cela était supportable… (enfin, il était malgré tout très désagréable de se réveiller en pleine nuit au son des griffes grattant le plastique… pendant de longues, longues, minutes…).

Jusqu’au jour fatidique où le battant de la caisse cassa. (Au niveau de l’articulation, irréparable). Peu importe, me suis-je dit, la caisse reste couverte, ça ne devrait pas trop jouer sur l’atmosphère de la pièce.

Bon sang, que j’étais naïf en ce temps…

Les premières odeurs me prirent complètement au dépourvu. Je travaillais glandais sur l’ordinateur, ne faisant même plus attention à son petit rituel de forage, lorsqu’une atroce puanteur m’agressa le nez. Et lorsque je dis atroce puanteur, je pèse mes mots (à raison de 10 gramme par lettre, et sachant que le « p » pèse plus lourd, nous atteignons facilement les 150 grammes, ce qui est lourd pour deux mots).

Sur une échelle toute personnelle des agressions nasales, allant de 1 à 9, Lychee atteignait facilement 10. Avis aux amateurs de la ligne 13 du métro parisien, le passage entre Carrefour Pleyel et Saint-Denis Porte de Paris ressemble à un arôme printanier dans un champ de fleur comparé aux exhalaisons du divin postérieur dudit félin. Et je ne plaisante pas.

Nombre de mes amis se sont fait avoir où, lorsque je leur disait en entendant le son de la griffe sur le plastique « Préparez-vous, Lychee nous offre son parfum si particulier », ils me répondaient « C’est bon, on connaît les chats, d’accord ça pue maisAAAAAAH PUTAIN C’EST QUOI CETTE ODEUR ?! ». Ils mettaient en général dix bonnes minutes à ressortir leur nez de leur veste, et ne faisaient plus confiance à l’allure gracieuse de la future impératrice.

Je n’ai trouvé qu’un mot qui puisse décrire au mieux cette furieuse attaque nasal, ce subtil mélange qui fit naître tant d’émoi : Corrosif.

Là était toute la nature de l’arme biologique de Lychee. Elle attaquait le nez, la gorge et les oreilles (si ! si ! le grattement !). Je me rendis vite à l’évidence que j’étais voué à un cancer des poumons dans les années à venir.

Ma seule contre attaque possible était d’avoir à disposition une armée de bâtons d’encens. J’en brulais par centaine, à raison de plusieurs par jour, faisant mon possible pour rendre ma petite pièce habitable. Et je vivais dans la peur constante de manquer de munitions…

Je compris rapidement sa technique, pourtant fort simple : en quelques coups de pattes, elle mettait tout le gravier à l’extérieur de la caisse, ce qui rendait bien sûr l’opération « recouvrage du divin excrément » impossible. Quelqu’un ne la connaissant pas aurait pu dire « l’intention est là : elle est propre, elle veut recouvrir mais ne se rend pas compte de ce qu’elle fait. » Tant de crédulité me donnait la nausée. Lychee savait parfaitement ce qu’elle faisait, et j’en ai la preuve.

Chaque jour, chaque… (heu, en fait je vais faire le début en anglais, je trouve que ça sonne mieux) Every day, every single day (ou Every fucking day, au choix), quand je rentrais de la fac, j’avais droit au recueil du postérieur de Lychee sur l’autel de gravier. Mais le pire, c’est que je m’absentais des journées entières, et lorsque je rentrais le soir, C'ETAIT A CE MOMENT PRECIS qu’elle se mettait à l’œuvre ! Et elle y mettait du cœur ! Elle pouvait se retenir des week end entier, juste pour m’attendre et me faire profiter de ce fumet si particulier !

Ma plus grande angoisse était de tomber à cours d’encens, auquel cas je devais supporter l’insupportable des heures durant. Et que dites-vous du fait qu’elle profitait de la présence de mes amis pour se faire remarquer ainsi ? Des amis, voir même de simples connaissance ! Des gens que je faisais venir pour le travail, comment leur expliquer cette soudaine asphyxie ? Comment gérer une situation pareille ?

Par ce magistral coup d’intestin, Lychee a réussi à atteindre ma vie sociale.

Comprenez que par ce simple texte j’essais de vous mettre en garde. J’aimerais que vous saisissiez que même la plus belle des créatures peut cacher une noirceur démoniaque. Comment interpréter autrement ces odeurs ? Ne sont-elles pas la matérialisation physique d’un esprit pourri par une cruauté inhumaine ?

Elle jouait avec nous, tout simplement. Elle testait notre résistance. Elle faisait son œuvre, puis s’asseyait et nous regardait souffrir, avec ce regard implacable dans lequel nous pouvions lire « Voyez l’étendue de mes pouvoirs ! ».

Mais, me direz-vous, j’aurais tout simplement pu acheter une nouvelle caisse, ou bricoler quelque chose pour réparer le battant de l’autre. Si seulement cela avait été si simple… Mais Lychee avait tablé sur une chose à laquelle je ne m’attendais pas. Elle avait fait montre d’une intelligence supérieur à la mienne :

En boxant jour et nuit son battant, jusqu’à la destruction, elle savait que je ne le remplacerais pas. Elle savait que je n’achèterais pas une autre caisse. Car elle avait compris un simple fait…

Elle savait que j’aurais la flemme.

 

 

Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Septembre 2086


PS : Un grand merci  l’Adepte Guilaine pour avoir conçu le design du site !


(Photo de l’impératrice pratiquant un exercice favorisant la fermentation :

« Craignez la naissance du guet-apens olfactif ! »)

Technologie Moderne

le 04/05/2008 à 17h49

Janvier 2008

Tranquillement assis sur mon canapé, entrain de lire, ma concentration fut soudain perturbée par un bruit improbable : celui de l’imprimante. M’interrogeant sur le pourquoi de ce soudain débordement d’expression de sa part, elle d’habitude si peu bavarde, je m’approchais pour mieux comprendre.

C’est alors que je vis Lychee, assise sur ladite imprimante, entrain de regarder une feuille sortir avec cet étrange regard : « C’est bien petite. Aller, viens voir maman… ».

Je n’y croyais pas ; Lychee avait compris comment allumer une imprimante et en faire sortir une feuille. Pourquoi ? Qu’en savais-je ? Comptait-elle imprimer des tracts sur sa prochaine prise de pouvoir ? Ou étais-ce uniquement pour me signifier qu’elle maitrisait ma pitoyable technologie ?

Je ne le savais pas, mais ce dont j’étais sûr, c’est que la face du monde n’allait pas tarder à changer.

A Saint-Denis, Lychee découvre le maniement de l’imprimante.

Dans le monde entier, plus de six milliards d’humains sont parcourus d’un inexplicable frisson.

 

Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Octobre 2086

 

(Photo de l'impératrice, après son triomphe sur l'imprimante : "Tremblez, pitoyables mortels ! Prochaine étape : la Bombe H !")

Mmrrroooww ?

le 11/05/2008 à 19h10

Janvier 2008

(Avertissement : âmes sensibles, s’abstenir).

Depuis maintenant presque six mois, Lychee et moi entretenions une chaleureuse relation de tyran à martyre. C’était un fait, et je l’avais accepté depuis longtemps. Lychee vivait comme elle l’entendait, et si j’avais le malheur de contester son autorité, les représailles nocturnes étaient constamment sanglantes. Ceci étant entendu entre nous, la routine commença à s’installer entre les morsures, les odeurs, les massacres d’objets et autres joyeusetés. Je commençais presque à penser que Lychee n’avait plus rien pour faire pression sur moi, que ses visées destructrices s’étaient taries et qu’elle se contentait de cette vie tranquille en compagnie de son serviteur.

Bien entendu, j’avais tort. Mais qui aurait pu prévoir la puissance de l’attaque suivante ? Certainement pas moi.

Depuis maintenant une bonne semaine, Lychee avait un comportement des plus perturbants. En effet, il lui arrivait maintenant à intervalles réguliers, pendant que je lisais ou regardais un film, de me monter sur les genoux et de s’assoupir en ronronnant. Les premières fois, j’en restais sans voix en comprenant qu’elle n’essaierait pas de m’arracher mon médaillon du cou, ou bien de manger le bord des pages de mon livre. Elle m’offrait réellement un instant agréable en sa compagnie, gratuitement. La puissance de ce choc dans nos habitudes m’atteint en plein cœur.

Quelques jours plus tard, Lychee arrêtait de me réveiller entre 3 et 5 heures du matin (heure du 3 fois 500 mètres journalier dans l’appartement, avec multiples étapes sur mon torse, ma figure ou mes jambes). Non, ce jour-là, elle ne me réveilla pas.

Mais le lendemain, si.

Il était dans les environs de 4 heures quand ses ronronnements dans mon oreille me tirèrent du sommeil. Lychee commença alors à frotter affectueusement sa frimousse sur mon visage (Note : « affectueusement » chez Lychee ne doit pas être vu de la façon habituelle : lorsque Lychee fait un câlin, elle donne un violent coup de boule, puis continue dans sa lancée pour se frotter sur la partie percutée. Aussi, quand elle me « frotta affectueusement le visage », elle me mit une série de 10 coups de boules en pleine poire, chacun suivit d’une violente poussée vers l’avant, à l’image d’une envie particulièrement pressante de chatouiller mon cerveau de sa truffe. Je peux vous assurer qu’en pleine nuit, cela surprend.).

Elle se mit ensuite en quête d’un endroit intéressant pour dormir, et ma stupéfaction n’eut plus de limite lorsque je vis que ce fut contre moi. Sous la couverture, elle se mit le long de mon torse. Puis en travers de mon torse. Puis contre mon visage. Puis sur mon bras. Puis en travers du cou. Puis le long de mon torse. Puis en travers de mon torse…

Pendant deux heures. En ronronnant comme un moteur de camion bien décidé à montrer sa tonitruante supériorité sur ses confrères.

Bien entendu, je ne pouvais pas fermer l’œil. Mais je dois avouer que c’était bien plus agréable que de servir de tremplin lors de ses compétitions matinales.

Cela dura plusieurs jours, et je ne pouvais m’empêcher de chérir ces moments avec elle, car c’étaient les seuls de la journée où je ne voyais pas d’étincelle meurtrière au fond de ses yeux.

Puis le jour fatidique arriva.

Un soir, en rentrant de cours, Lychee fut particulièrement affectueuse en me disant bonjour (coup d’boule dans les tibias, tout ça tout ça). Jusque là rien de vraiment anormal, si ce n’est qu’au lieu du « Maouuuu ! » habituel, j’eu droit à un « Mmrrroooww ? ». Et ces quelques lettres firent toute la différence.

Lorsqu’elle commença à être affectueuse avec les meubles de l’appartement, leur offrant moult coups de boules et enfonçage de truffe en ronronnant, je m’en amusais encore.

Lorsqu’elle commença à se rouler par terre, en ponctuant chaque galipette d’un « Mmrrroooww ? », je me demandais ce qu’il lui prenait.

Lorsqu’elle commença à s’asseoir à l’envers, à savoir la tête posée sur ses pattes avant et le cul bien haut, je compris.

Lychee était en chaleur.

« Rien de grave » me disais-je, « tous les chats passent par là ». Mais Lychee n’est pas comme tous les chats. Non, Lychee a des visées bien plus destructrices que les autres chats. Lychee veut conquérir le monde. Lychee veut exterminer le monde.

Lychee veut repeupler le monde.

Et Lychee veut commencer avec moi.

La première fois que je la vis allongée sur le ventre, les pattes arrière bien dressées, la queue levée, et le regard implorant tournée dans ma direction avec un « Mmrrroooww ? » significatif, mon cerveau refusa l’information. Cela n’était pas possible à mes yeux, elle ne comprenait pas ce qu’elle faisait (oui, j’en étais encore à l’époque où je pensais que chaque action de Lychee n’était pas mûrement réfléchie), je refusais de croire ce qu’elle faisait.

Mais elle me ramena bien vite à la terrible réalité. Des heures durant, ce premier jour, elle passa le plus clair de son temps à balayer le sol de son menton, la queue la plus levée possible, à l’image d’une girouette cherchant sa cible. Et elle trouvait généralement sa cible, puis, tout en faisant son possible pour croiser mon regard, lâchait plusieurs « Mmrrroooww ? » par minute.

J’avais beau tenter de la raisonner, il n’y avait rien à faire.

-         Lychee, tu ne te rends pas compte de ce que tu fais…

-         Mmrrroooww ?

-         Non, pas pendant que je te parle, s’il te plait. Et sans déconner, je préférerai te parler de face.

-         Mmrrroooww ? 

-         A la réflexion je préfère peut-être voir ton cul que ton regard implorant… arrête ça.

-         Mmrrroooww ? 

-         Non Lychee, c’est pas en te mettant sur le dos et en écartant les pattes que tu me feras changer d’avis.

-         Mmrrroomrrroooww ?

-         Bordel Lychee ! Même si je le voulais, tu sais bien que ça ne serait pas possible !

-         Mmrrroooww ! … Mmrrroooww ? 

-         Tu es désespérante… Je suis désolé mais une baffe s’impose, ça te changera peut-être les idées.

-         Mmrrroooww !

-         BORDEL LYCHEE ! T’AS PAS LE DROIT D’AIMER ÇA !

Je n’aurais jamais cru que sa violence habituelle me manquerait, et pourtant c’était bel et bien le cas. Je me rendis alors compte que je n’étais pas prêt pour le combat psychologique qu’elle m’imposait. J’étais devenu un vétéran du corps à corps, mais la violence de sa nouvelle technique d’attaque me laissait sans défense. Je ne pouvais rien faire d’autre qu’attendre, et subir. Subir chaque instant ses regards, ses appels, ses fesses levées.

Dans chaque chose que je faisais, elle trouvait le moyen de ramener la conversation sur ce qu’il lui tenait vraiment à cœur : le sexe. Elle en venait même à s’endormir le cul en l’air, « juste au cas où ». Je me souviens encore avec horreur d’une anecdote particulièrement déplorable ; alors que mon repas était en train de cuire, Lychee dormait sur le sol et je discutais avec des amis sur l’ordinateur. Au bout d’un moment, mon repas oublié, je sentis une odeur frustrante de brulé. Réagissant au quart de tour, je bondis hors de ma chaise en direction de la cuisine. Le mouvement vif réveilla Lychee qui, au quart de tour, leva le cul en l’air dans ma direction en criant « Mmrrroooww ! ». Ce qui me choqua le plus je pense, c’était son regard apeuré. Pas apeuré par le bruit de la chaise ou la course d’un humain d’1m82, mais par la crainte de louper sa chance. Encore aujourd’hui, ce souvenir me pèse lourdement sur le cœur.

Mais ma consternation teintée de frayeur atteint presque son point culminant un jour où, l’apôtre Andréa et moi-même, refusant avec fermeté ses avances, avions décidé de l’ignorer. Au bout de quelques heures, ses appels se firent moins fréquent, jusqu’à ne devenir que sporadiques. Et tandis que nous conversions, l’apôtre Andréa s’exclama soudain : « Regarde ! Elle est guérie ! Elle joue ! », « Bordel t’as raison ! Elle joue !... Eh attends !... Oh merde… Andréa, pourquoi est-ce qu’elle joue avec une bouteille vide de coca de deux litres ? » « … Oh, putain de merde !  ». Et la terrible Lychee, enserrant sensuellement la bouteille de ses quatre pattes, tourna alors un regard langoureux vers nous : « Mmrrroooww ? ».

Nous passâmes le reste de l’après midi à cacher tout objet susceptible de l’intéresser.

C’était un combat psychologique de tous les jours. Lychee mettait toute son expérience à l’épreuve pour me faire céder, et de mon coté je devais supporter cette ambiance malsaine, 24h/24. Je commençais même à annuler des soirées, de peur que mes amis n’en ressortent traumatisé. Par chance, seuls l’Apôtre Andréa et moi-même ne l’avons vu au sommet de la déchéance, et je ne vous conterais pas cette histoire, car elle est encore bien trop douloureuse et malsaine pour je la couche sur papier.

Durant quatre longues journées, je subis son comportement infâme, jusqu’à ce jour bénie où, alors que je lui caressais doucement le haut du crâne, elle planta en une fraction de seconde ses crocs dans mon avant bras et s’enfuit. Mon soulagement fut tel que les larmes me montèrent aux yeux. Je la couvris d’éloge, l’incitant à redevenir cette tueuse froide et manipulatrice que nous connaissions tous. Et elle ne se fit pas prier longtemps.

Les compétitions sportives du matin reprirent rapidement, mais cette fois je les supportais le sourire aux lèvres. L’Apôtre Andréa, lors de sa visite suivante, ri aux éclats lorsqu’à peine entré dans la pièce, elle lui attaqua voracement le pied.

La période de terreur malsaine avait pris fin, la vie pouvait reprendre son cours.

Mais pas pour longtemps. Je n’étais désormais plus dupe de son incroyable faculté à manigancer de nouvelles offensives physiques et psychologiques. Mais cette fois, même en n’étant pas sûr d’être prêt à les affronter, je gardais en tête le fait qu’elle pourrait difficilement faire pire, et cela me rassurait. Mais avais-je raison de le penser ?

 

Trois mois plus tard, alors que je sortais de ma salle de bain, Lychee n’en profita pas pour s’engouffrer à l’intérieur comme elle le faisait chaque jour en me gueulant « Bordel t’en a mis du temps ! C’est mon tour ! ». Non, cette fois-là elle m’attendait derrière la porte, le cul plus haut que les oreilles, son regard inquisiteur planté dans le mien.

« Mmrrroooww ? ».

 

 

Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Novembre 2086


(Photo de l'Impératrice tentant de corrompre le photographe de son fameux regard séducteur, appelé le regard "Eh, on baise?")

 

 

Dormir... à l'aise

le 18/05/2008 à 23h54
No comment...

Attaques

le 13/07/2008 à 23h47

 

vrier 2008

 

J’en étais désormais sûr, Lychee tentait de me tuer.

Ou si ce n’était me tuer, me faire abandonner ma résistance futile. Il n’a pas été dur d’arriver à cette conclusion. En effet, une simple énumération des ses actes quotidiens m’a permis de dresser un portrait assez effrayant (si c’est encore possible) de la situation.

 

Je m’imaginais parfaitement mon petit félin faire un cours théorique aux chats du quartier sur « Comment tuer son maitre, en 3 leçons ».

 

Leçon N°1 : l’attaque psychologique.

 

 

Elle ne me permettait de dormir qu’une poignée d’heure par nuit. Etrangement, mon corps s’était habitué à ce rythme : impossible de m’endormir avant minuit, réveils aléatoires de minuits à 5 heures, réveil complet à 5 heures pendant une bonne demi heure pour un prétendu câlin, puis à nouveau réveils aléatoires de 5 heures jusqu’au réveil final (en général pas bien tard).

 

Au réveil, nouvelle épreuve : réussir à identifier l’appartement. A l’image des familles ayant la pénible tâche de reconnaître un proche défunt, je devais chaque matin me convaincre que, oui, il s’agissait bien de mon appartement, celui dans lequel je m’étais endormis la veille, et non le Mordor ou autre lieu de désolation. Lychee s’efforçait chaque nuit de détruire un peu plus mes liens avec la réalité, à savoir mes meubles, mes livres, mes cd ou autres objets à sa porté. Aucun endroit ne lui était inaccessible, aucune hauteur ne lui faisait peur.

Je m’obligeai chaque matin à me refaire un lieu de vie digne de ce nom, mais les actes de Lychee commençaient à peser lourdement sur ma conscience.

 

 

Venait ensuite une autre forme d’attaque, moins subtile, plus cruelle : elle commençait à jouer avec mes nerfs.

 

Un soir où je travaillais sur l’ordinateur, Lychee était assoupi sur mon bureau, mon téléphone portable posé à coté d’elle. Je voyais qu’elle me regardait, à moitié endormi, mais gardant malgré tout une lueur malicieuse dans les yeux. La soirée se passait sans accrochage, jusqu’à ce que d’un seul coup, elle détende violemment sa patte arrière gauche, envoyant mon portable voler par terre.

Pas un instant elle ne m’avait quitté des yeux, ces yeux qui pétillaient alors de plaisir devant mon air consterné.

 

           

Un matin, alors que j’étais en retards pour les cours, je posais le pied sur une chaise pour faire le lacet de ma chaussure. Fatigué, je m’emmêlais rapidement, perdais du temps, puis arrivais enfin à l’instant fatidique où je devais finir la boucle. A ce moment, Lychee se leva sur ses pattes arrière, et de ses pattes avant frappa trois fois mon précieux travail, réduisant mes efforts à zéro. Satisfaite, elle redescendit tranquillement et parti manger dans sa gamelle.

 

 

Leçon N°2 : L’attaque sournoise.

 

Un jour où j’étais tranquillement entrain de faire à manger, Lychee sauta sur l’étagère à coté de moi, et atterri dans le cageot de vaisselle, placé sur une étagère à un mètre du sol. Ne souhaitant pas perdre ma vaisselle, je lui demandai alors de descendre. Elle planta alors son regard dans le mien, avec ses yeux qui me disaient « Mais bien sûr… tout de suite… », et elle fit un pas un avant, mettant tout son poids sur le bord du cageot… qui bascula. Deux assiettes en moins, et une Lychee qui faisait l’innocente. Une fois les morceaux ramassés, je pensais en avoir fini. Je me trompais.

Elle ne faisait que repérer les lieux.

 

Quelques jours plus tard, à trois heures du matin, je fus réveillé par le bruit d’un cageot de vaisselle tombant d’un mètre de haut sur du carrelage, brisant trois assiettes et éparpillant nombres de couverts en métal. Je n’ai jamais été aussi proche de la crise cardiaque.

Je pouvais presque l’entendre ricaner…

 

Leçon N°3 : l’attaque physique

 

Lorsque tous ses stratagèmes ne lui donnaient pas satisfaction, Lychee s’attaquait directement à moi, dans le sens le plus strict du terme. Sa cible préférée étant mes pieds (de par le simple fait qu’ils soient les membres de mon corps les plus à sa porté), elle s’empressait alors de s’enrouler autour de l’un d’eux et de mordre jusqu’à ce que cri s’en suive. Je n’étais malheureusement pas le seul bénéficiaire de ce traitement, et les Apôtres Andréa et Micka virent leur caractère forgé à partir de ce jour.

 

Lychee se plaisait aussi à me tendre des embuscades, notamment lorsque je sortais de ma douche le matin. Elle restait cachée sous une table basse, et à peine faisais-je quelques pas qu’elle bondissait pour me saisir les chevilles en mordant. Ces embuscades quotidiennes étaient autant de béliers frappant à la porte de mes nerfs.

 

 

Mais la preuve qu’elle essayait d’attenter à ma vie venait d’un autre jour, où je m’étais éveillé en sueur ; fait anormal en plein hiver… mais anormal n’est pas Lychee. Cette dernière avait profité de la faveur de la nuit pour tourner le bouton du chauffage jusqu’à la puissance maximum. Lorsque je la posais devant son acte, elle me déclara simplement par son regard qu’elle avait glissé dessus en voulant monter sur la fenêtre, rien de plus, et que les 40° ambiant étaient à mettre sur le compte de sa maladresse. Son alibi tenait, je ne pouvais rien faire…

 

Mais un jour viendrait… Oh oui, un jour, je la coincerais…

 

Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Février 2087


(Photo de l'Impératrice saluant l'arrivée de l'Apôtre Micka)

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