Janvier 2008.
Il est de notoriété public qu’un chat faisant ses besoins n’a pas pour habitude de flatter les narines de son maitre. J’en étais conscient en adoptant Lychee, mais je n’étais en aucun cas préparé à ce à quoi elle me confronta…
Je tiens toutefois à préciser que le susnommé chaton était un modèle de propreté, et ce depuis le début de notre vie commune. En effet, dès le premier jour elle se rendit dans sa caisse pour satisfaire ses petites envies. En cela je ne pouvais que me réjouir.
Au départ tout se passait bien ; j’avais une caisse fermée, avec un bâtant de plastique qui permettait de filtrer les odeurs (dans lequel elle s’entrainer à boxer après chaque commission, et particulièrement au milieu de la nuit).
Mais un premier point m’interloqua assez rapidement : Elle passait un temps énorme dans sa caisse, à gratter, gratter, et gratter encore. Sans mentir, pour chaque passage en caisse, elle restait bien cinq minutes à gratter le petit gravier… jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de petit gravier (globalement au bout du second coup de patte) auquel cas elle grattait avidement le plastique du fond de caisse, me faisant grincer des dents pendant de longues minutes.
L’Apôtre Andréa et moi-même ne pouvions que nous interroger sur ses activités (tout comme celles de sa chatte Dina, qui semblait observer le même étrange rituel). Nous nous imaginions facilement retirer le couvercle de la caisse, et la découvrir, marteau-piqueur en main, avec son petit casque de chantier sur la tête, entrain de forer jusqu’en chine, levant un regard surpris et innocent vers nous : « Bah quoi ? ».
Mais tout cela était supportable… (enfin, il était malgré tout très désagréable de se réveiller en pleine nuit au son des griffes grattant le plastique… pendant de longues, longues, minutes…).
Jusqu’au jour fatidique où le battant de la caisse cassa. (Au niveau de l’articulation, irréparable). Peu importe, me suis-je dit, la caisse reste couverte, ça ne devrait pas trop jouer sur l’atmosphère de la pièce.
Bon sang, que j’étais naïf en ce temps…
Les premières odeurs me prirent complètement au dépourvu. Je travaillais glandais sur l’ordinateur, ne faisant même plus attention à son petit rituel de forage, lorsqu’une atroce puanteur m’agressa le nez. Et lorsque je dis atroce puanteur, je pèse mes mots (à raison de 10 gramme par lettre, et sachant que le « p » pèse plus lourd, nous atteignons facilement les 150 grammes, ce qui est lourd pour deux mots).
Sur une échelle toute personnelle des agressions nasales, allant de 1 à 9, Lychee atteignait facilement 10. Avis aux amateurs de la ligne 13 du métro parisien, le passage entre Carrefour Pleyel et Saint-Denis Porte de Paris ressemble à un arôme printanier dans un champ de fleur comparé aux exhalaisons du divin postérieur dudit félin. Et je ne plaisante pas.
Nombre de mes amis se sont fait avoir où, lorsque je leur disait en entendant le son de la griffe sur le plastique « Préparez-vous, Lychee nous offre son parfum si particulier », ils me répondaient « C’est bon, on connaît les chats, d’accord ça pue maisAAAAAAH PUTAIN C’EST QUOI CETTE ODEUR ?! ». Ils mettaient en général dix bonnes minutes à ressortir leur nez de leur veste, et ne faisaient plus confiance à l’allure gracieuse de la future impératrice.
Je n’ai trouvé qu’un mot qui puisse décrire au mieux cette furieuse attaque nasal, ce subtil mélange qui fit naître tant d’émoi : Corrosif.
Là était toute la nature de l’arme biologique de Lychee. Elle attaquait le nez, la gorge et les oreilles (si ! si ! le grattement !). Je me rendis vite à l’évidence que j’étais voué à un cancer des poumons dans les années à venir.
Ma seule contre attaque possible était d’avoir à disposition une armée de bâtons d’encens. J’en brulais par centaine, à raison de plusieurs par jour, faisant mon possible pour rendre ma petite pièce habitable. Et je vivais dans la peur constante de manquer de munitions…
Je compris rapidement sa technique, pourtant fort simple : en quelques coups de pattes, elle mettait tout le gravier à l’extérieur de la caisse, ce qui rendait bien sûr l’opération « recouvrage du divin excrément » impossible. Quelqu’un ne la connaissant pas aurait pu dire « l’intention est là : elle est propre, elle veut recouvrir mais ne se rend pas compte de ce qu’elle fait. » Tant de crédulité me donnait la nausée. Lychee savait parfaitement ce qu’elle faisait, et j’en ai la preuve.
Chaque jour, chaque… (heu, en fait je vais faire le début en anglais, je trouve que ça sonne mieux) Every day, every single day (ou Every fucking day, au choix), quand je rentrais de la fac, j’avais droit au recueil du postérieur de Lychee sur l’autel de gravier. Mais le pire, c’est que je m’absentais des journées entières, et lorsque je rentrais le soir, C'ETAIT A CE MOMENT PRECIS qu’elle se mettait à l’œuvre ! Et elle y mettait du cœur ! Elle pouvait se retenir des week end entier, juste pour m’attendre et me faire profiter de ce fumet si particulier !
Ma plus grande angoisse était de tomber à cours d’encens, auquel cas je devais supporter l’insupportable des heures durant. Et que dites-vous du fait qu’elle profitait de la présence de mes amis pour se faire remarquer ainsi ? Des amis, voir même de simples connaissance ! Des gens que je faisais venir pour le travail, comment leur expliquer cette soudaine asphyxie ? Comment gérer une situation pareille ?
Par ce magistral coup d’intestin, Lychee a réussi à atteindre ma vie sociale.
Comprenez que par ce simple texte j’essais de vous mettre en garde. J’aimerais que vous saisissiez que même la plus belle des créatures peut cacher une noirceur démoniaque. Comment interpréter autrement ces odeurs ? Ne sont-elles pas la matérialisation physique d’un esprit pourri par une cruauté inhumaine ?
Elle jouait avec nous, tout simplement. Elle testait notre résistance. Elle faisait son œuvre, puis s’asseyait et nous regardait souffrir, avec ce regard implacable dans lequel nous pouvions lire « Voyez l’étendue de mes pouvoirs ! ».
Mais, me direz-vous, j’aurais tout simplement pu acheter une nouvelle caisse, ou bricoler quelque chose pour réparer le battant de l’autre. Si seulement cela avait été si simple… Mais Lychee avait tablé sur une chose à laquelle je ne m’attendais pas. Elle avait fait montre d’une intelligence supérieur à la mienne :
En boxant jour et nuit son battant, jusqu’à la destruction, elle savait que je ne le remplacerais pas. Elle savait que je n’achèterais pas une autre caisse. Car elle avait compris un simple fait…
Elle savait que j’aurais la flemme.
Apôtre Vincent, Evangile de Sainte-Lychee, Chapitre I, Septembre 2086
PS : Un grand merci l’Adepte Guilaine pour avoir conçu le design du site !
(Photo de l’impératrice pratiquant un exercice favorisant la fermentation :
« Craignez la naissance du guet-apens olfactif ! »)





